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Comment préparer vos achats cacao, café, bois et soja à l’EUDR : cartographie fournisseurs, géolocalisation des parcelles, due diligence et alignement avec le devoir de vigilance.
EUDR : ce que les acheteurs doivent préparer pour la due diligence cacao, café, bois et soja

Repenser la cartographie fournisseurs à l’aune de l’EUDR due diligence achats

Pour un responsable RSE, l’EUDR due diligence achats transforme la cartographie des fournisseurs en véritable outil de pilotage stratégique. La priorité n’est plus seulement d’identifier les fournisseurs directs, mais de remonter chaque chaîne d’approvisionnement jusqu’aux parcelles d’origine des matières premières et des produits concernés. Sans cette vision fine des chaînes d’approvisionnement, l’entreprise ne pourra ni démontrer sa conformité EUDR ni piloter ses risques de déforestation.

La première étape consiste à isoler les fournisseurs liés au cacao, au café, au bois et au soja, en croisant codes douaniers, familles de produits et numéros de référence internes. Les acheteurs doivent ensuite distinguer les produits concernés en fonction de leur statut dans la supply chain : matières premières brutes, ingrédients intermédiaires, produits finis intégrant du bois ou du cuir, avec pour chacun un numéro de référence traçable. Cette granularité permet de cibler les chaînes d’approvisionnement prioritaires, d’anticiper les risques et de planifier la mise en conformité sur plusieurs vagues plutôt que dans l’urgence.

Sur le plan opérationnel, la cartographie doit intégrer la géolocalisation des sites de production et, autant que possible, les coordonnées de géolocalisation des parcelles agricoles. Les entreprises qui ont déjà structuré un processus de devoir de vigilance ou de CSRD peuvent capitaliser sur leurs systèmes d’information existants pour enrichir la base fournisseurs avec ces nouvelles données. Celles qui partent de plus loin devront mettre en place des systèmes dédiés, capables de gérer les chaînes d’approvisionnement complexes, les chaînes de contrôle et les multiples numéros de référence associés aux mêmes matières premières.

Traçabilité jusqu’à la parcelle : de la géolocalisation aux preuves de non-déforestation

La spécificité de l’EUDR due diligence achats tient à l’exigence de traçabilité jusqu’à la parcelle pour chaque approvisionnement en cacao, café, bois ou soja. Pour chaque lot, l’entreprise devra être en mesure de relier un produit, un numéro de référence et un fournisseur à des coordonnées de géolocalisation précises, puis de démontrer l’absence de déforestation après la date de référence réglementaire. Ce n’est plus une simple diligence documentaire, mais un changement de paradigme dans la gestion de la supply chain.

Concrètement, cela implique de collecter auprès des fournisseurs les coordonnées de géolocalisation des plantations, des concessions forestières ou des zones de culture de soja, puis de les intégrer dans un système d’information capable de croiser ces données avec des images satellites. Des plateformes spécialisées de géolocalisation comme Trase ou Lapland, ainsi que des outils de cartographie climat et Scope 3 décrits dans des ressources dédiées à la cartographie des émissions de la supply chain, peuvent servir de socle technique. L’enjeu est de transformer ces données brutes en un processus robuste d’évaluation des risques, capable de distinguer les approvisionnements à faible risque des chaînes d’approvisionnement exposées.

Les entreprises importatrices de cacao ou de café devront articuler ces exigences avec leurs schémas de certification existants, sans se contenter de labels pour démontrer la conformité EUDR. Dans le bois et le soja, le défi sera souvent plus aigu, avec des chaînes d’approvisionnement longues, des intermédiaires multiples et des risques de déforestation élevés dans certains bassins. Les directions RSE et achats devront donc définir des politiques et procédures claires pour la collecte des données de géolocalisation, la vérification des preuves de non-déforestation et la mise en place de mesures d’atténuation lorsque les risques ne peuvent être totalement écartés.

Structurer un processus de due diligence EUDR intégré aux achats responsables

Pour éviter de créer un silo réglementaire supplémentaire, la due diligence EUDR doit être intégrée au processus achats responsables existant. L’objectif est de faire de la déclaration de diligence EUDR un prolongement naturel du devoir de vigilance, plutôt qu’un exercice parallèle qui épuiserait les équipes et les fournisseurs. Pas du greenwashing, du pilotage.

Un processus robuste commence par une politique écrite qui précise les attentes de l’entreprise envers ses fournisseurs en matière de déforestation, de traçabilité et de transparence sur les matières premières. Cette politique doit être déclinée en procédures opérationnelles : critères de sélection des fournisseurs, clauses contractuelles spécifiques, modalités de collecte des données nécessaires pour soumettre les déclarations de diligence, règles de gestion des non-conformités. Les clauses vertes déjà expérimentées, comme celles décrites dans les analyses sur la transformation des relations fournisseurs par la clause verte, peuvent être adaptées pour intégrer les exigences de conformité EUDR.

Les directions achats devront aussi définir un processus clair de chaîne de contrôle pour les produits concernés, en particulier lorsque plusieurs sites ou filiales interviennent entre l’amont et l’aval. Chaque maillon de la chaîne d’approvisionnement devra être capable de relier un produit à un numéro de référence unique, à un fournisseur identifié et à une déclaration de diligence associée. Dans ce cadre, les systèmes d’information achats et supply chain devront être ajustés pour gérer les numéros de référence multiples, les déclarations de diligence et les preuves de conformité, tout en permettant une évaluation des risques continue et une atténuation des risques documentée.

Aligner EUDR, CS3D et devoir de vigilance : une architecture de conformité unique

Le report du règlement EUDR ne doit pas masquer l’enjeu de cohérence avec la CS3D et les lois de devoir de vigilance nationales. Pour un responsable RSE, la question n’est plus de savoir si l’entreprise doit se conformer, mais comment construire une architecture de conformité unique qui couvre à la fois les risques de déforestation, les droits humains et les impacts environnementaux plus larges. Les doublons documentaires sont coûteux pour les équipes et incompréhensibles pour les fournisseurs.

Une approche efficace consiste à bâtir un socle commun de diligence raisonnable, avec un référentiel unique de risques, de mesures d’atténuation et de politiques et procédures applicables à l’ensemble des chaînes d’approvisionnement. L’EUDR due diligence achats vient alors se greffer comme un module spécifique, focalisé sur certains produits concernés et sur la déforestation, mais utilisant les mêmes outils d’évaluation des risques, les mêmes systèmes d’information et les mêmes processus de dialogue avec les fournisseurs. Les entreprises comme Danone ou Decathlon, déjà engagées dans des démarches avancées de devoir de vigilance, montrent que cette mutualisation des processus permet de réduire les coûts de conformité tout en renforçant la crédibilité des engagements.

Dans cette architecture, la conformité EUDR devient un cas d’usage parmi d’autres, au même titre que la gestion des minerais de conflit ou des risques sociaux dans les chaînes d’approvisionnement textiles. Les directions RSE doivent travailler étroitement avec les directions juridiques et achats pour définir les responsabilités, les circuits de validation et les modalités de reporting aux autorités compétentes. L’objectif est de pouvoir démontrer, en cas de contrôle, que l’entreprise a mis en place des systèmes proportionnés aux risques, qu’elle a pris des mesures d’atténuation raisonnables et qu’elle dispose d’une traçabilité fiable sur l’ensemble de ses chaînes d’approvisionnement critiques.

Outils, systèmes d’information et gouvernance : passer de l’excel à l’industrialisation

La plupart des entreprises gèrent encore une partie de leur diligence fournisseurs sur des tableurs, ce qui devient intenable avec l’EUDR due diligence achats. La volumétrie des données de géolocalisation, des numéros de référence et des déclarations de diligence impose de passer à des systèmes d’information structurés. Sans cette industrialisation, la conformité EUDR restera fragile et coûteuse.

Les directions RSE et achats doivent d’abord clarifier leur besoin fonctionnel : gestion des fournisseurs, suivi des chaînes d’approvisionnement, intégration des coordonnées de géolocalisation, génération automatique des déclarations de diligence, archivage des preuves de non-déforestation. Sur cette base, elles peuvent évaluer les solutions existantes, qu’il s’agisse de modules de supply chain dans les ERP, de plateformes spécialisées en traçabilité ou d’outils de cartographie environnementale. La question n’est pas de multiplier les outils, mais de mettre en place des systèmes interopérables, capables de dialoguer avec les bases douanières, les plateformes de géolocalisation et les systèmes de gestion des risques.

Cette réflexion sur les systèmes d’information rejoint d’autres chantiers structurants pour les directions RSE, comme la maîtrise des impacts numériques et l’encadrement des usages d’IA générative, analysés par exemple dans les travaux sur la gouvernance RSE des déploiements d’IA. Dans tous les cas, la gouvernance est clé : il faut définir qui valide les données, qui contrôle la qualité des coordonnées de géolocalisation, qui suit les mesures d’atténuation des risques et qui dialogue avec les autorités compétentes en cas de contrôle. Sans cette gouvernance, même le meilleur système d’information ne transformera pas la conformité en levier de performance durable.

Plan de route opérationnel pour les acheteurs : du sursis réglementaire à l’avantage compétitif

Le report des échéances EUDR donne un peu d’air, mais il ne change pas la profondeur de la transformation à mener. Les transitions fournisseurs, surtout sur le cacao, le café, le bois et le soja, prennent entre douze et dix-huit mois, parfois davantage pour les chaînes d’approvisionnement complexes. Attendre la dernière minute reviendrait à subir la conformité plutôt qu’à en faire un levier stratégique.

Un plan de route réaliste pour les directions achats et RSE commence par un diagnostic des chaînes d’approvisionnement existantes : cartographie des fournisseurs, identification des produits concernés, analyse des risques de déforestation par bassin d’approvisionnement. Sur cette base, l’entreprise peut prioriser les chaînes les plus exposées, définir des mesures d’atténuation des risques adaptées et engager un dialogue structuré avec les fournisseurs clés. Les acheteurs doivent être formés à ces enjeux, car ce sont eux qui négocieront les clauses de traçabilité, les engagements de conformité EUDR et les plans de progrès avec les partenaires stratégiques.

Dans certains cas, il faudra accepter de réorienter l’approvisionnement vers des bassins moins risqués ou des fournisseurs mieux structurés en matière de traçabilité, ce qui peut impacter les coûts à court terme. Mais les entreprises qui auront sécurisé leurs chaînes d’approvisionnement en cacao, café, bois et soja avant l’entrée en vigueur pleine du règlement disposeront d’un avantage compétitif réel, notamment face aux distributeurs et aux industriels encore dépendants de chaînes opaques. La RSE n’est pas un centre de coût ; bien pilotée, la diligence réglementaire devient un actif stratégique, qui protège la marque, sécurise l’accès au marché et renforce la résilience de la supply chain.

Statistiques clés sur EUDR, déforestation et chaînes d’approvisionnement

  • Selon la Commission européenne, la consommation de l’Union est responsable d’environ 10 % de la déforestation mondiale importée, principalement via le soja, le bétail, l’huile de palme, le bois, le cacao et le café, ce qui justifie la focalisation de l’EUDR sur ces produits.
  • Les analyses de la FAO montrent que près de 90 % de la déforestation mondiale est liée à l’expansion agricole, ce qui renforce la nécessité de relier chaque approvisionnement à des coordonnées de géolocalisation précises pour démontrer l’absence de conversion récente.
  • Une étude de Trase indique que, pour certaines chaînes d’approvisionnement en soja vers l’Europe, moins de 30 % des volumes sont aujourd’hui traçables jusqu’à la municipalité d’origine, ce qui illustre l’ampleur du chantier de traçabilité jusqu’à la parcelle.
  • Les retours d’expérience d’industriels agroalimentaires montrent que la mise en place de systèmes de traçabilité et de diligence raisonnable complets sur une nouvelle filière prend en moyenne entre douze et vingt-quatre mois, en fonction du nombre de fournisseurs et de la complexité de la chaîne.

FAQ sur l’EUDR due diligence achats pour cacao, café, bois et soja

Quels sont les produits précisément couverts par l’EUDR pour un acheteur ?

Pour un responsable achats, l’EUDR couvre les matières premières comme le cacao, le café, le soja, le bois et certains dérivés, ainsi que les produits finis qui en contiennent, par exemple le mobilier en bois, certains produits alimentaires transformés ou des articles en cuir issus de bovins. Il est indispensable de croiser les codes douaniers avec les nomenclatures internes pour identifier tous les produits concernés. Cette étape conditionne la qualité de la cartographie fournisseurs et la pertinence des plans d’atténuation des risques.

Comment articuler l’EUDR avec les certifications existantes type FSC ou Rainforest Alliance ?

Les certifications comme FSC pour le bois ou Rainforest Alliance pour le cacao et le café peuvent constituer des éléments de preuve dans la due diligence, mais elles ne suffisent pas à elles seules à démontrer la conformité EUDR. L’acheteur doit vérifier que ces schémas couvrent bien la période et la zone géographique pertinentes, et qu’ils permettent une traçabilité jusqu’à la parcelle ou au moins jusqu’à une unité de production clairement géolocalisée. Les certifications deviennent ainsi un maillon d’un dispositif plus large de gestion des risques et de collecte de données.

Quelles données demander concrètement aux fournisseurs pour préparer l’EUDR ?

Les fournisseurs doivent fournir au minimum l’identification précise des sites de production, les coordonnées de géolocalisation des parcelles ou concessions, la description des matières premières livrées et les numéros de référence des lots. L’acheteur doit aussi demander des informations sur les systèmes de chaîne de contrôle, les audits réalisés et les mesures d’atténuation des risques mises en place. Ces données doivent être intégrées dans un système d’information permettant de générer les déclarations de diligence et de répondre aux demandes des autorités compétentes.

Comment prioriser les actions quand on a une supply chain très fragmentée ?

Dans une supply chain fragmentée, la priorisation doit se faire en fonction du risque de déforestation par pays ou région, du volume d’achats et de la criticité business des fournisseurs. L’entreprise peut commencer par les chaînes d’approvisionnement les plus exposées, en concentrant les efforts sur quelques produits à fort impact et sur les partenaires stratégiques. Cette approche par vagues permet de tester les processus de due diligence, d’ajuster les systèmes d’information et de monter en puissance sans paralyser les opérations.

Quel rôle concret pour la direction RSE par rapport à la direction achats ?

La direction RSE définit le cadre de diligence raisonnable, les politiques et procédures, les méthodologies d’évaluation des risques et les exigences de reporting, tandis que la direction achats pilote l’exécution opérationnelle auprès des fournisseurs. Les deux directions doivent coanimer la gouvernance, notamment pour arbitrer les choix d’approvisionnement lorsque la conformité EUDR entre en tension avec les contraintes de coûts ou de délais. Cette coopération étroite conditionne la capacité de l’entreprise à transformer la conformité réglementaire en avantage compétitif durable.

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