Guirec, vous avez lancé Reuse Advisor après des années passées au plus près des flux de matériaux avec Tertio-Engineering et Tertio Recycle : quel déclic vous a fait passer de l’opérationnel du réemploi à cette volonté de cartographier et rendre visible tout un écosystème pour les entreprises ?
L'idée date de l'adolescence alors que je travaillais dans le magasin de mon père, artisan en électronique. J'avais l'habitude d'entendre que lui et ses confrères avaient des mains en or mais qu'ils ne savaient pas vendre. J'ai eu alors l'idée de créer une plateforme de recherche d'artisans sur minitel. La technologie a rapidement eu raison de cette idée... L'idée est restée et les moyens ayant évolué, je l'ai remise au goût du jour.
Sur le terrain, beaucoup de directions achats ou immobilières disent encore : « je ne sais pas à qui m’adresser pour faire du réemploi sérieux ». Concrètement, quels sont aujourd’hui, selon vous, les principaux angles morts de visibilité dans l’écosystème du réemploi en France, et comment Reuse Advisor entend y répondre sans devenir une marketplace de plus ?
Le principal angle mort est un paradoxe : ceux qui ont le savoir-faire et l'agilité sont trop petit pour communiquer comme il faut, et ceux qui ont les moyens de communiquer n'ont soit pas la compétence, soit pas l'agilité. Résultat : on n'identifie pas les bons.
Vous insistez sur la nécessité de « repères fiables » et de « contenus exigeants ». Pouvez-vous détailler comment vous évaluez la maturité et la crédibilité des acteurs du réemploi que vous référencez ou analysez, et en quoi cette rigueur change la donne pour une entreprise qui veut intégrer le réemploi dans ses projets (bureaux, IT, mobilier, matériaux, etc.) ?
Mon algorithme est différent d'une interrogation d'un LLM ou d'une recherche google : il permet de classer les entreprises en fonction de secteurs d'activités précis. Il ne classe pas l'information comme le ferait un référencement (moteur de recherche) ou une recherche statistique (IA). L'algorithme Reuse Advisor possède sont propre système de référencement basé sur l'expertise métier, c'est pourquoi il fournit des réponses beaucoup plus qualifiées.
Entre la loi AGEC, le fonds réemploi-réutilisation et les différentes filières REP, le cadre réglementaire s’accélère mais reste peu lisible pour beaucoup d’entreprises. Comment votre expérience de terrain vous permet-elle de traduire ces obligations en parcours concrets pour les décideurs, et quels malentendus rencontrez-vous le plus souvent quand vous les accompagnez ?
Mon expérience terrain consiste à partir des projets réels — déménagement, rénovation, renouvellement de mobilier — pour transformer les obligations en parcours simples : identifier les ressources tôt, évaluer leur potentiel, mobiliser les bons acteurs et assurer la traçabilité.
Le principal malentendu est de croire que le réemploi doit se faire à tout prix. Ce n’est ni automatique ni seulement vertueux : il doit être pertinent, faisable et économiquement crédible. La clé est d’anticiper, car le réemploi se décide bien avant la phase de gestion des déchets.
Vous pilotez à la fois des activités très opérationnelles et un projet plus « méta » de structuration et de ressources. Pouvez-vous nous raconter un cas concret où cette double casquette (terrain + conseil) a permis à une entreprise de dépasser un blocage précis dans un projet de réemploi, par exemple sur la logistique, la qualité ou la gestion de la fin de chantier ?
Un cas très fréquent concerne les fins de chantier ou les déménagements de bureaux : l’entreprise souhaite réemployer son mobilier, mais elle découvre le sujet trop tard. Les équipes doivent libérer les locaux, les prestataires sont déjà planifiés et personne ne sait précisément ce qui peut être conservé, reconditionné ou redistribué.
L’expérience terrain permet alors de remettre de l’ordre rapidement : faire un diagnostic du parc, identifier les lots réellement exploitables, estimer les coûts de manutention, de stockage et de remise en état, puis organiser les flux sans bloquer le calendrier du chantier.
La dimension plus « méta » est complémentaire : elle permet de transformer cette opération ponctuelle en méthode. On formalise les critères de décision, les données à relever, les compétences à mobiliser et les preuves à produire. L’entreprise ne traite plus le réemploi comme une exception compliquée : elle dispose d’un parcours réutilisable pour ses prochains projets.
Vous présentez Reuse Advisor comme une collection de briques dévoilées au fur et à mesure qu’elles atteignent un certain niveau de rigueur. Si l’on se projette à 3–5 ans, à quoi ressemblera, selon vous, un écosystème du réemploi réellement lisible pour une entreprise : quels types d’outils, de standards ou de coopérations faudra-t-il avoir mis en place pour franchir un cap ?
Dans trois à cinq ans, un écosystème mature devra permettre à une entreprise de traiter le réemploi avec le même niveau de lisibilité qu’un achat neuf ou qu’une filière de gestion des déchets.
Cela suppose d’abord des données plus fiables et des standards communs : décrire un lot, qualifier son état, estimer son potentiel, suivre sa traçabilité et mesurer les résultats avec un langage partagé. Aujourd’hui, beaucoup de compétences existent, mais elles restent difficiles à identifier et à comparer.
Il faudra aussi des outils d’aide à la décision capables de guider les entreprises très tôt dans leurs projets : savoir ce qui mérite d’être diagnostiqué, quels coûts anticiper, quels acteurs mobiliser et dans quelles conditions le réemploi est réellement pertinent.
Enfin, le cap sera franchi lorsque les acteurs pourront coopérer plus facilement : spécialistes du diagnostic, logisticiens, reconditionneurs, bureaux d’études, donneurs d’ordre et filières REP. Reuse Advisor a vocation à contribuer à cette lisibilité, en révélant les compétences disponibles et en transformant une intention parfois floue en parcours opérationnel crédible.
Pour un dirigeant ou un responsable de projet qui se dit « le réemploi m’intéresse, mais je ne sais pas par où commencer », quel serait votre message très concret : par quelle question, quel indicateur ou quelle première action simple peut-il amorcer une démarche sérieuse et contribuer, à son échelle, à rendre l’écosystème plus visible et plus professionnel ?
La première question à se poser est très simple : « Qu’est-ce que je vais remplacer, déposer ou évacuer dans les prochains mois ? »
C’est à ce moment-là qu’il faut agir, avant que les délais, les marchés et la logistique ne soient verrouillés. La première action consiste à inventorier les ressources concernées, même de manière simple : quantités, état apparent, marque, dimensions, localisation et date de disponibilité.
L’indicateur le plus utile n’est pas seulement le volume évité ou le carbone économisé. C’est la part des ressources étudiées suffisamment tôt pour qu’une solution de réemploi soit réellement possible.
Le réemploi devient sérieux lorsqu’il n’est plus une idée de dernière minute, mais un réflexe de préparation de projet. Et chaque entreprise qui documente mieux ses ressources, ses besoins et ses retours d’expérience contribue à rendre l’écosystème plus lisible et plus professionnel.
Pour en savoir plus : https://reuseadvisor.com