Comment faire du plan de mobilité employeur un levier structurant de réduction du scope 3 ? Diagnostic des déplacements, bouquet de leviers (télétravail, vélo, covoiturage, forfait mobilités), gouvernance RSE et indicateurs climat opérationnels.
Plan de mobilité employeur : structurer un programme qui pèse vraiment sur les émissions scope 3

Repositionner le plan de mobilité employeur dans la stratégie climat scope 3

Un plan de mobilité employeur ambitieux commence par reconnaître que la mobilité des collaborateurs n’est plus un sujet périphérique de ressources humaines. Dans de nombreuses entreprises tertiaires, les déplacements domicile travail et les autres trajets quotidiens représentent entre 15 et 25 % du scope 3, ce qui en fait un levier majeur pour réduire les émissions de carbone. Ce ratio, fréquemment observé dans les bilans BEGES publiés par des groupes de services et confirmé par les ordres de grandeur de la méthodologie Bilan Carbone de l’Ademe, repose généralement sur l’intégration des trajets domicile travail et des déplacements professionnels dans les émissions indirectes. Pour une direction RSE, traiter la mobilité comme un actif stratégique plutôt que comme une contrainte réglementaire change complètement la place du sujet dans les arbitrages internes.

Le plan de mobilité employeur scope 3 doit articuler clairement les enjeux de mobilité durable avec la trajectoire climat globale de l’entreprise et son bilan carbone réglementaire. Cela implique d’intégrer les émissions de gaz à effet de serre liées aux déplacements des salariés dans le bilan carbone consolidé, en distinguant les émissions directes et les émissions trajets relevant du scope 3, afin de piloter la transition écologique avec des indicateurs robustes. Dans la logique de la CSRD et des normes ESRS E1, cette intégration suppose de documenter les hypothèses de facteurs d’émission, les périmètres retenus et les scénarios de réduction, en s’alignant sur les référentiels reconnus comme le GHG Protocol ou la méthodologie Bilan Carbone. Pas du greenwashing, du pilotage.

Dans cette perspective, la mobilité employeur devient un chapitre structurant du plan climat, au même titre que l’énergie ou les achats. Les entreprises qui réussissent, comme Decathlon ou Danone, traitent la mobilité entreprise comme un portefeuille d’actions à ROI mesurable, combinant organisation du travail, modes de transport alternatifs à la voiture individuelle et incitations financières comme le forfait mobilités durables. Les rapports RSE et les déclarations de performance extra-financière de ces groupes présentent par exemple des objectifs chiffrés de baisse des kilomètres parcourus, de part modale vélo ou de covoiturage, assortis d’indicateurs de suivi annuels. Ce changement de regard permet de passer d’un simple plan mobilité défensif à un véritable programme de transformation des mobilités durables pour l’ensemble des collaborateurs.

Cartographier les déplacements pour objectiver le scope 3 lié à la mobilité

Avant toute mise en place d’actions, un plan de mobilité employeur scope 3 sérieux commence par un diagnostic fin des déplacements. Il s’agit de cartographier les trajets domicile travail, les déplacements professionnels, les usages de la voiture personnelle et des autres modes de transport, en croisant données RH, enquêtes collaborateurs et données de transport locales. Sans cette base, impossible de quantifier précisément les émissions trajets et de prioriser les leviers de réduction de l’empreinte carbone. Une ETI de services ayant mené cet exercice a par exemple identifié que 20 % des salariés généraient plus de 50 % des kilomètres, ce qui a orienté les actions vers ces populations clés, avec à la clé une baisse de 18 % des kilomètres parcourus en deux ans sur ce segment.

Le diagnostic doit distinguer les différents périmètres d’émissions de carbone : émissions directes liées à une flotte d’entreprise, scope émissions indirectes liées aux déplacements domicile travail des salariés, et émissions associées aux déplacements professionnels en train ou en avion. Cette approche permet de relier chaque famille de déplacements à un poste du bilan carbone et de documenter la contribution de la mobilité durable à la trajectoire ESRS E1 et au BEGES réglementaire. Pour approfondir la logique d’empreinte sur l’ensemble du cycle de vie, l’analyse de cycle de vie détaillée présentée dans l’article sur l’importance de l’analyse du cycle de vie offre un cadre utile pour relier mobilité et autres postes d’impact, en explicitant les hypothèses de durée de vie des véhicules, d’infrastructures et d’équipements.

Sur le terrain, les entreprises les plus avancées combinent plusieurs outils pour qualifier la mobilité entreprise. Enquêtes en ligne, ateliers type fresque mobilité pour faire émerger les freins et leviers, exploitation des données de badgeage ou de réservation de salles pour comprendre l’organisation du travail et les jours de présence, tout concourt à affiner la compréhension des déplacements. Certaines directions RSE complètent ce dispositif par des campagnes de comptage vélo ou des analyses de données de covoiturage issues des plateformes internes. Cette granularité permet ensuite de cibler les sites, les métiers et les populations de collaborateurs où un plan mobilité ambitieux aura le plus d’impact sur les émissions trajets domicile et les autres déplacements, en s’appuyant sur des données vérifiables plutôt que sur des intuitions.

Concevoir un bouquet de leviers à fort impact : au delà du forfait mobilités durables

Une fois le diagnostic posé, le plan de mobilité employeur scope 3 doit structurer un bouquet cohérent de leviers, en privilégiant ceux qui réduisent réellement les kilomètres parcourus. Le premier levier reste l’organisation du travail, avec un télétravail encadré qui diminue les déplacements domicile travail tout en intégrant les effets rebond sur le chauffage individuel et l’équipement au domicile. Bien piloté, ce levier peut réduire significativement les émissions de carbone liées aux trajets domicile, à condition de l’inscrire dans une réflexion plus large sur l’organisation du travail et l’occupation des bureaux. Dans plusieurs groupes soumis à la CSRD, la généralisation de deux jours de télétravail hebdomadaire a ainsi permis de réduire de 20 à 30 % les kilomètres domicile travail déclarés dans le reporting climat, soit plusieurs centaines de tonnes de CO2e évitées par an selon les facteurs d’émission de l’Ademe.

Viennent ensuite les leviers de mobilité durable qui agissent sur les modes de transport plutôt que sur la demande de déplacements. Plan vélo avec infrastructures sécurisées, indemnité kilométrique vélo, navettes intersites, véhicules de service partagés, politique de parking inversé qui réserve les meilleures places aux mobilités durables, tout cela contribue à réduire la place de la voiture individuelle dans les déplacements quotidiens. L’enjeu pour l’entreprise est de combiner ces actions avec un forfait mobilités bien calibré, cumulable avec les abonnements de transport en commun, pour rendre les alternatives crédibles et attractives pour les salariés. Une société de conseil ayant mis en place un tel bouquet a par exemple observé une hausse de 15 points de la part modale des transports collectifs en trois ans, avec un retour sur investissement inférieur à quatre ans grâce aux économies de parkings et de frais kilométriques, documenté dans son rapport RSE annuel.

Les leviers de second rang, comme la recharge pour véhicules électriques sur site ou l’indemnité de covoiturage, complètent ce socle sans se substituer aux actions structurelles. Une entreprise mobilité qui bascule sa flotte vers l’électrique sans réduire les kilomètres parcourus ne fera baisser que partiellement ses émissions trajets et son empreinte carbone globale. À l’inverse, une politique de mobilités durables qui combine réduction des déplacements, changement de modes de transport et optimisation de l’organisation du travail peut transformer durablement la mobilité entreprise et son bilan carbone. Les scénarios de décarbonation alignés avec l’Accord de Paris, tels que ceux publiés par le GIEC ou l’Agence internationale de l’énergie, recommandent d’ailleurs de prioriser la sobriété (moins de kilomètres), puis le report modal, avant l’électrification des usages résiduels.

Articuler plan de mobilité, scope 3, CSRD et gouvernance RSE

Pour peser réellement sur les émissions scope 3, le plan de mobilité employeur doit être relié aux exigences de la CSRD, de la taxonomie européenne et aux attentes des investisseurs. Les entreprises qui se contentent d’un plan mobilité minimal, centré sur le seul forfait mobilités durables, passent à côté d’un levier structurant de transition écologique et de compétitivité. À l’inverse, intégrer la mobilité employeur dans la gouvernance RSE et dans les objectifs climat validés par le comité exécutif permet de sécuriser les budgets et d’ancrer la démarche dans la durée. Les comités d’audit et de durabilité demandent de plus en plus des preuves chiffrées de réduction d’empreinte carbone, ce qui renforce l’exigence de cohérence entre plan climat, BEGES et plan de mobilité, avec des données traçables et auditées.

Concrètement, cela signifie que les indicateurs de mobilité durable doivent apparaître dans le reporting extra financier au même titre que l’énergie ou les achats responsables. Part des trajets domicile travail réalisés en modes de transport bas carbone, évolution des émissions directes et des émissions trajets associées à la mobilité entreprise, taux d’utilisation du forfait mobilités, autant de KPI qui traduisent l’impact réel du plan de mobilité employeur scope 3. Un tableau de bord type peut par exemple relier chaque action (télétravail, plan vélo, covoiturage, flotte électrique) à un objectif de réduction de kilomètres, à un volume de CO2 évité estimé et à un horizon temporel de déploiement, en précisant la source des facteurs d’émission utilisés. L’exemple d’Allianz, analysé dans l’article sur la manière dont le groupe intègre les valeurs durables dans sa stratégie RSE, illustre comment une grande entreprise peut structurer une gouvernance solide autour de ces enjeux, comme le montre l’étude détaillée disponible via cette analyse de stratégie RSE.

Cette articulation suppose aussi de travailler étroitement avec les directions financières, immobilières et RH pour aligner les décisions d’investissement et l’organisation du travail avec les objectifs de réduction d’empreinte carbone. Une politique de flex office sans réflexion sur les trajets domicile ou sur la localisation des sites peut, par exemple, dégrader le bilan carbone des déplacements. À l’inverse, une stratégie immobilière qui rapproche les lieux de travail des nœuds de transport en commun et des bassins de vie des collaborateurs peut réduire durablement les émissions de gaz à effet de serre liées à la mobilité entreprise. Plusieurs groupes industriels ont ainsi intégré des critères d’accessibilité en transports collectifs et de distance moyenne domicile travail dans leurs décisions de regroupement de sites, en cohérence avec leurs engagements climat et leurs obligations de reporting BEGES, comme le documentent leurs rapports de durabilité.

Passer de l’obligation réglementaire au levier d’engagement et de performance

La loi LOM impose un plan de mobilité employeur aux entreprises de plus de cinquante salariés sur un même site, mais la plupart se contentent encore d’une approche minimale. Pour une direction RSE expérimentée, l’enjeu est de transformer cette obligation en levier d’engagement des collaborateurs et de performance globale, en faisant de la mobilité durable un marqueur de la culture d’entreprise. Un plan de mobilité employeur scope 3 ambitieux devient alors un outil de marque employeur, de fidélisation et de qualité de vie au travail. Dans plusieurs enquêtes internes menées après déploiement de plans de mobilité, les salariés citent d’ailleurs la réduction du temps de trajet et la flexibilité comme des facteurs majeurs de satisfaction, avec des taux de recommandation interne en hausse de 10 à 20 points.

Les retours d’expérience montrent qu’un programme de mobilités durables bien conçu peut réduire les déplacements professionnels de 30 % tout en améliorant la satisfaction des salariés. Certaines ETI tertiaires ont par exemple rationalisé leurs déplacements en combinant politique de visioconférence, refonte des règles de déplacement et flotte de véhicules partagés, ce qui a diminué les émissions trajets et les coûts de transport. Dans l’industrie, des groupes ont basculé une grande partie de leur flotte vers des véhicules électriques ou hybrides, tout en réorganisant les tournées pour limiter les kilomètres parcourus et optimiser le bilan carbone. Ces démarches s’accompagnent souvent d’objectifs chiffrés inscrits dans les plans climat pluriannuels, avec un suivi annuel dans le reporting extra financier et des audits externes pour fiabiliser les résultats.

Pour ancrer ces transformations, la pédagogie reste clé, avec des dispositifs comme la fresque mobilité pour faire émerger les représentations et les freins, et des campagnes régulières sur les modes de transport alternatifs. L’intégration d’outils numériques, comme un passeport numérique produit appliqué aux véhicules de flotte ou aux équipements de mobilité, peut renforcer la transparence sur l’empreinte carbone et les gaz à effet de serre associés, dans la lignée des exigences décrites dans la ressource sur le passeport numérique produit. En traitant la mobilité entreprise comme un système complet, de l’organisation du travail aux trajets domicile en passant par les déplacements professionnels, vous faites du plan mobilité un véritable levier de transition écologique et de performance durable, capable de répondre à la fois aux obligations réglementaires et aux attentes croissantes des parties prenantes, tout en s’appuyant sur des données vérifiables et des indicateurs partagés.

FAQ sur le plan de mobilité employeur et les émissions scope 3

Comment relier concrètement le plan de mobilité employeur au scope 3 du bilan carbone ?

La première étape consiste à intégrer tous les déplacements domicile travail et professionnels des salariés dans le bilan carbone, en les classant dans le scope 3. Il faut ensuite distinguer les émissions directes liées à une éventuelle flotte d’entreprise des émissions trajets supportées par les collaborateurs, afin de suivre séparément ces postes. Enfin, les indicateurs de mobilité doivent être reliés aux objectifs de réduction d’empreinte carbone validés par la gouvernance RSE. Dans le cadre de la CSRD, cette articulation passe par une documentation claire des hypothèses de calcul, des facteurs d’émission utilisés et des scénarios de réduction associés aux différents leviers de mobilité durable, en s’appuyant sur des sources reconnues comme l’Ademe ou le GHG Protocol.

Quels sont les leviers les plus efficaces pour réduire les émissions liées aux trajets domicile travail ?

Les leviers les plus structurants combinent réduction du nombre de déplacements et changement de modes de transport. Un télétravail encadré, un plan vélo ambitieux, une politique de covoiturage et un forfait mobilités attractif permettent de diminuer fortement la place de la voiture individuelle. L’optimisation de l’organisation du travail et la localisation des sites près des transports en commun renforcent encore l’impact sur les émissions de carbone. Les retours d’expérience montrent qu’un mix bien conçu peut réduire de 20 à 40 % les kilomètres domicile travail sur certains sites, avec des gains mesurables dans le BEGES et le reporting climat, à condition de suivre les indicateurs de manière régulière.

Comment éviter l’effet rebond du télétravail sur l’empreinte carbone globale ?

Pour limiter l’effet rebond, il faut comptabiliser les consommations énergétiques supplémentaires au domicile dans le bilan carbone, en parallèle des économies de déplacements. Des actions de sensibilisation sur la sobriété énergétique à la maison et un accompagnement sur les équipements performants complètent cette approche. L’objectif est de mesurer l’impact net du télétravail sur les émissions de gaz à effet de serre, plutôt que de se focaliser uniquement sur les kilomètres évités. Certaines entreprises vont jusqu’à proposer des guides pratiques ou des aides financières pour l’isolation ou le choix d’équipements sobres, afin d’aligner télétravail et trajectoire climat, en cohérence avec leurs engagements de neutralité carbone.

Quel rôle joue le forfait mobilités durables dans un plan de mobilité ambitieux ?

Le forfait mobilités durables est un levier financier utile, mais il ne suffit pas à lui seul pour transformer la mobilité entreprise. Son efficacité dépend de son niveau, de sa simplicité d’accès et de sa combinaison avec d’autres mesures comme les infrastructures vélo, les parkings sécurisés ou les navettes. Il doit être pensé comme un accélérateur au service d’une stratégie globale de mobilités durables, et non comme une fin en soi. Les entreprises qui publient des résultats probants associent généralement ce forfait à des objectifs chiffrés de part modale et à un suivi régulier dans leurs indicateurs RSE, en documentant les montants versés et les usages déclarés.

Comment embarquer les collaborateurs dans la transition de mobilité sans générer de résistance ?

L’adhésion des collaborateurs repose sur la transparence, la co construction et des bénéfices tangibles au quotidien. Des ateliers participatifs, des dispositifs comme la fresque mobilité et des phases de test permettent d’ajuster les mesures avant généralisation. Enfin, l’entreprise doit montrer l’exemple en alignant ses propres pratiques de déplacement et en valorisant les initiatives de mobilité durable dans la culture managériale. Les retours d’enquêtes internes montrent qu’un discours fondé sur des données factuelles, des engagements clairs de la direction et des gains concrets pour les salariés réduit fortement les résistances et renforce l’engagement autour du plan de mobilité employeur scope 3, tout en facilitant la production d’indicateurs fiables pour le reporting climat.

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