Comment faire du coproduit un pilier de votre stratégie RSE ? Approche stratégique, gouvernance, risques, indicateurs et coopération avec les parties prenantes.
Coproduit : transformer les résidus en leviers stratégiques de responsabilité sociale

Comprendre le coproduit comme enjeu stratégique de responsabilité

Du déchet au coproduit : un changement de regard stratégique

Dans de nombreux secteurs, ce que l’on appelait hier déchets ou sous produits devient aujourd’hui un véritable coproduit, avec une valeur économique, sociale et environnementale. Ce changement de vocabulaire n’est pas qu’un effet de mode : il traduit une évolution profonde de la manière dont les entreprises conçoivent leurs matières, leurs produits et leurs responsabilités.

Le terme coproduit renvoie à une réalité simple : lors de la production d’un produit principal, d’autres flux de matières premieres sont générés. Selon la façon dont l’entreprise les gère, ces flux peuvent devenir :

  • des dechets coproduits à éliminer, avec un coût et un impact pour l’environnement ;
  • ou des coproduits intégrés dans de nouvelles chaînes de valeur, créant de la valorisation matiere, de l’energie, de l’alimentation ou d’autres usages.

Ce basculement du statut de dechet à celui de coproduit est au cœur de l’economie circulaire et de la responsabilité sociale des entreprises. Il oblige à repenser la conception des produits, la gestion des flux, mais aussi la gouvernance, les investissements et le dialogue avec les parties prenantes, qui seront approfondis dans les autres parties de l’article.

Un enjeu clé pour l’économie circulaire et la performance RSE

La gestion des coproduits dechets n’est plus seulement une question de conformité réglementaire. Elle devient un levier de compétitivité et de crédibilité RSE. En transformant des dechets en ressources, l’entreprise :

  • réduit ses coûts de traitement et de stockage ;
  • diminue ses impacts sur l’environnement (émissions, pollutions, consommation de ressources) ;
  • crée de nouvelles categories de produits ou de services ;
  • renforce sa contribution à l’economie circulaire et à la valorisation dechets.

Dans l’agroalimentaire par exemple, les coproduits issus de la transformation de céréales, d’oléagineux ou de betteraves peuvent devenir des aliments animaux, des ingrédients pour l’alimentation humaine, des sources d’energie ou des matieres premieres pour d’autres industries. Le corn gluten, coproduit de la transformation du maïs, illustre bien cette logique : selon sa qualité et sa destination, il peut être orienté vers l’alimentation animale ou vers d’autres usages industriels.

Cette approche suppose une compréhension fine des categories de coproduits, de leurs caractéristiques techniques, de leurs risques pour la sante et l’environnement, ainsi que des débouchés possibles. Elle s’inscrit dans un cadre réglementaire de plus en plus exigeant, notamment en matière de certification environnementale et de traçabilité des flux.

Des coproduits au cœur des enjeux alimentaires et sanitaires

Les coproduits occupent une place particulière dans les chaînes de valeur liées à l’alimentation, qu’il s’agisse de consommation humaine ou d’alimentation animale. Les produits animaux et les produits issus de la transformation végétale génèrent de nombreuses categories de coproduits : graisses, farines, pulpes, drêches, issues de céréales, etc.

Ces flux peuvent être :

  • destinés à la consommation humaine, après transformation et contrôle ;
  • orientés vers l’alimentation animale, pour des animaux destines à la consommation humaine ;
  • ou utilisés comme matiere premiere pour la production d’energie ou de biomatériaux.

Dans ce contexte, la frontière entre coproduits et dechets est particulièrement sensible. Elle touche à la sante publique, au bien être animale et à la confiance des consommateurs. Les exigences de traçabilité, de contrôle et de documentation (par exemple via des fiches techniques détaillées) sont donc centrales pour sécuriser la valorisation matiere et la valorisation dechets.

Les travaux d’instances comme un comite national ou un dispositif de type national coproduits (inventaires, etude bibliographique, guides de bonnes pratiques) contribuent à structurer ces filières, à clarifier les categories de coproduits et à encadrer leur utilisation dans l’alimentation animale ou la consommation humaine. Pour un responsable RSE, s’appuyer sur ces référentiels est essentiel pour articuler conformité, performance économique et responsabilité.

Un sujet transversal : juridique, technique et gouvernance

Considérer un flux comme coproduit plutôt que comme dechet n’est pas qu’une décision opérationnelle. C’est un choix stratégique qui engage la responsabilité juridique, la crédibilité RSE et parfois même la réputation de l’entreprise.

Plusieurs dimensions se croisent :

  • Dimension juridique et réglementaire : qualification du statut (dechet ou coproduit), respect du code de l’environnement, conformité aux normes sanitaires pour les produits animaux et les aliments animaux, exigences pour les animaux destines à la consommation humaine.
  • Dimension technique : caractérisation des matieres premieres et des coproduits, élaboration de fiches techniques, maîtrise des procédés de transformation, contrôle qualité.
  • Dimension humaine et sociale : impacts sur les conditions de travail, sur les territoires, sur la perception des consommateurs, sur la confiance dans les filières alimentaires et énergétiques.

Pour un service RSE, cela implique de travailler étroitement avec les équipes industrielles, qualité, juridique et achats, mais aussi avec les partenaires externes. Les arbitrages sur la valorisation matiere ou la valorisation dechets ne peuvent plus être pris uniquement sous l’angle du coût ; ils doivent intégrer les enjeux de sante, d’environnement et de responsabilité humaine.

Pourquoi les coproduits deviennent un levier stratégique de responsabilité

En résumé, les coproduits se situent à la croisée de plusieurs enjeux majeurs pour la RSE :

  • la réduction des dechets et l’optimisation des matieres premieres ;
  • la contribution à l’economie circulaire et à la sobriété des ressources ;
  • la sécurisation des usages en alimentation humaine et en alimentation animale ;
  • la création de nouvelles categories de produits à forte valeur ajoutée ;
  • la cohérence globale de la stratégie climat, biodiversité et sante des populations.

Pour un ou une responsable RSE, comprendre finement ces enjeux est la première étape. Les étapes suivantes consisteront à cartographier les coproduits dans la chaîne de valeur, à les intégrer dans la gouvernance et les décisions d’investissement, à gérer les risques associés et à mesurer la valeur réellement créée, en lien avec les parties prenantes internes et externes.

Cartographier les coproduits dans la chaîne de valeur

Mettre de l’ordre dans les coproduits : de la notion au classement opérationnel

Avant de cartographier quoi que ce soit, il faut clarifier ce que l’on met derrière le terme coproduit. Dans beaucoup d’entreprises, la frontière entre coproduits, déchets et sous produits reste floue. Pourtant, ce flou complique la gouvernance RSE, la valorisation matière et la conformité réglementaire.

Un coproduit est un flux issu d’un même procédé de production de produit principal, qui possède une valeur économique potentielle ou avérée. À l’inverse, un déchet est un flux dont le détenteur se défait ou a l’intention de se défaire. Entre les deux, on trouve des coproduits déchets, encore non valorisés mais techniquement valorisables, par exemple en alimentation animale, en énergie ou en matières premières pour d’autres industries.

Pour un responsable RSE, la première étape consiste à établir un langage commun avec les équipes : production, qualité, environnement, achats, finance. Sans ce socle, impossible de structurer une stratégie d’économie circulaire crédible ni de piloter la valorisation déchets et la valorisation matière.

Construire une typologie claire : catégories, usages et contraintes

La cartographie des coproduits commence par une typologie simple, partagée et documentée. L’objectif n’est pas de produire un inventaire théorique, mais un outil de décision pour la stratégie RSE et les investissements.

Une approche pragmatique consiste à classer les coproduits selon plusieurs axes :

  • Origine du flux : étape de la chaîne de valeur où le coproduit apparaît (réception des matières premières, transformation, conditionnement, logistique, fin de vie des produits).
  • Nature des matieres : végétale, animale, minérale, organique, plastique, métallique, papier carton, etc.
  • Destination potentielle : alimentation humaine, alimentation animale, énergie, matières premières pour d’autres secteurs, compostage, recyclage matière, ou élimination.
  • Statut réglementaire : coproduit reconnu, déchet, déchet dangereux, flux soumis à des normes spécifiques (sante, environnement, produits animaux, animaux destines à la consommation humaine, etc.).
  • Contraintes techniques : stabilité, durée de conservation, exigences de stockage, besoins de prétraitement, compatibilité avec les procédés de valorisation existants.

Dans l’agroalimentaire, par exemple, on distingue souvent plusieurs categories de coproduits :

  • Coproduits destinés à l’alimentation humaine (ingrédients, extraits, fractions riches en protéines ou fibres).
  • Coproduits destines consommation animale (aliments animaux, alimentation animale, produits animaux non consommés par l’humain mais valorisables pour les animaux destines à la production alimentaire).
  • Coproduits orientés vers l’energie (biogaz, combustion, valorisation énergétique de dechets coproduits).
  • Coproduits orientés vers la chimie ou les matériaux (matiere premiere secondaire pour d’autres industries).

Des exemples concrets comme le corn gluten dans les filières céréalières illustrent bien cette logique : issu de la production produit principale (amidon, sirops), ce coproduit peut être valorisé en alimentation animale ou comme matiere premiere pour d’autres usages industriels, selon sa qualité et les exigences réglementaires.

Cartographier les flux dans la chaîne de valeur : du site à l’écosystème

Une fois la typologie posée, la cartographie des coproduits consiste à suivre, étape par étape, l’apparition et la circulation de chaque flux. L’enjeu est de relier les données techniques, économiques et RSE pour éclairer les décisions d’investissement et les arbitrages entre valorisation matière, valorisation dechets et élimination.

Dans la pratique, cela passe par plusieurs niveaux d’analyse :

  • Niveau procédé : identifier, pour chaque ligne de production produit, les coproduits générés, leurs volumes, leurs caractéristiques (humidité, composition, risques sanitaires, potentiel de valorisation).
  • Niveau site : consolider les flux, repérer les synergies internes (par exemple, un coproduit d’une ligne pouvant devenir matiere premiere pour une autre) et les contraintes logistiques.
  • Niveau groupe : comparer les sites, harmoniser les pratiques, repérer les meilleures valorisations existantes et les dupliquer.
  • Niveau territoire : intégrer les partenaires locaux, les filières existantes, les infrastructures de traitement, les besoins en matieres premieres secondaires.

Pour les secteurs fortement encadrés, comme les produits animaux et l’alimentation humaine, la cartographie doit intégrer finement les exigences de sante publique, de sécurité sanitaire et de protection de l’environnement. Les flux de dechet animale, par exemple, ne peuvent pas être traités comme de simples coproduits ; ils sont soumis à des codes et à des catégories réglementaires spécifiques qui conditionnent les options de valorisation.

Structurer l’information : fiches techniques et référentiels internes

La cartographie n’a de valeur que si l’information est structurée, accessible et mise à jour. Beaucoup d’entreprises gagnent en efficacité en créant des fiches techniques de coproduits, sur le modèle des fiches de matieres premieres ou des fiches de produits finis.

Ces fiches peuvent inclure, au minimum :

  • La description du coproduit (origine, procédé, categorie interne).
  • Les caractéristiques physico chimiques et microbiologiques pertinentes pour la sante, l’environnement et la sécurité.
  • Les usages actuels (alimentation humaine, alimentation animale, energie, recyclage, élimination) et les voies de valorisation matiere existantes.
  • Les contraintes réglementaires (code de dechet, statut produit ou dechet, restrictions d’usage, exigences de traçabilité).
  • Les indicateurs clés : volumes annuels, saisonnalité, coûts de gestion, revenus éventuels, émissions associées.

Une telle base de données facilite ensuite les analyses d’etude bibliographique, les études de faisabilité et les échanges avec les partenaires techniques. Elle permet aussi de mieux dialoguer avec les instances sectorielles, comme un comite national ou un dispositif national coproduits lorsqu’ils existent dans certaines filières.

Relier cartographie des coproduits et enjeux humains, sociaux et territoriaux

La cartographie ne doit pas se limiter à une vision purement technique. Elle doit intégrer la dimension humaine, sociale et territoriale, qui sera centrale dans la gestion des risques et la co construction de filières responsables.

Quelques questions utiles à intégrer dès la phase de cartographie :

  • Quels emplois, quelles compétences locales sont liés à la valorisation de ces coproduits dechets ou de ces matieres premieres secondaires ?
  • Quels impacts sur la sante et la sécurité des salariés et des riverains selon les options de valorisation retenues (odeurs, transports, risques sanitaires, nuisances environnementales) ?
  • Quelles dépendances vis à vis de certains débouchés (par exemple, une seule filière d’aliments animaux ou une seule unité de production d’energie) qui pourraient fragiliser l’entreprise ou le territoire ?
  • Quelles tensions potentielles entre alimentation humaine et alimentation animale, ou entre usages alimentaires et usages énergie, dans un contexte de ressources limitées en matieres premieres ?

Cette vision élargie rejoint les enjeux d’économie circulaire et de transition juste. Elle prépare aussi le terrain pour des démarches plus ambitieuses de seconde vie des produits et équipements, comme le montrent certaines initiatives de réemploi et de réparation dans d’autres secteurs industriels. À ce titre, des retours d’expérience sur la seconde vie des équipements et la création d’emplois locaux peuvent inspirer la manière de penser la valorisation dechets et la structuration de nouvelles filières de coproduits.

De la cartographie à la décision : préparer les arbitrages stratégiques

Une cartographie robuste des coproduits n’est pas une fin en soi. Elle doit alimenter les décisions d’investissement, les choix de partenariats et la gouvernance RSE. En reliant les flux de coproduit à des indicateurs économiques, environnementaux et sociaux, l’entreprise se donne les moyens de :

  • Prioriser les coproduits à fort potentiel de valorisation matiere ou énergétique.
  • Identifier les coproduits critiques, générateurs de risques pour l’environnement, la sante ou l’acceptabilité sociale.
  • Repérer les opportunités de substitution de matieres premieres vierges par des matieres premieres secondaires issues de ses propres flux ou de ceux de partenaires.
  • Préparer des scénarios d’investissement et de coopération territoriale, qui seront ensuite arbitrés dans les instances de gouvernance.

En résumé, la cartographie des coproduits est un outil de pilotage stratégique. Elle relie la réalité des procédés industriels, la complexité réglementaire, les enjeux de sante et d’environnement, et les attentes des parties prenantes. C’est sur cette base que pourront se construire des filières de coproduits robustes, crédibles et créatrices de valeur partagée.

Intégrer le coproduit dans la gouvernance RSE et les décisions d’investissement

Faire du coproduit un axe clair de la stratégie d’entreprise

Intégrer les coproduits dans la gouvernance RSE commence par un choix stratégique explicite. Tant que le coproduit reste traité comme un simple déchet, il ne peut pas devenir un levier de création de valeur ni un pilier d’économie circulaire.

Concrètement, il est utile de positionner les coproduits dans la matrice globale des enjeux RSE et des risques : santé, environnement, conditions de travail, sécurité des animaux destinés à l’alimentation humaine ou à l’alimentation animale, consommation d’énergie, pression sur les matières premières, etc. Cela permet de passer d’une logique de « gestion des dechets » à une logique de « valorisation matière » et de « production produit ».

Pour renforcer la crédibilité de cette démarche, plusieurs entreprises structurent une politique formalisée sur les coproduits, avec des objectifs chiffrés de valorisation dechets, de réduction des dechets coproduits et de montée en gamme des usages (par exemple, passer d’un usage en aliments animaux à un usage en consommation humaine lorsque les critères de sécurité et de qualité le permettent, conformément aux réglementations en vigueur et aux référentiels sectoriels comme ceux du comite national ou du national coproduits dans le domaine des produits animaux).

Organiser une gouvernance dédiée aux coproduits

Pour que le terme coproduit ne reste pas théorique, il doit être porté par une gouvernance claire. Dans les entreprises les plus avancées, la responsabilité des coproduits est partagée entre la direction industrielle, la direction RSE, les achats et parfois la direction innovation.

Une bonne pratique consiste à créer un comité interne dédié aux coproduits, rattaché à la gouvernance RSE, avec un mandat précis :

  • Définir les categories de coproduits (par exemple : coproduits destinés à l’alimentation animale, coproduits pour la consommation humaine, coproduits pour la production d’energie, coproduits pour la chimie verte ou les biomatériaux).
  • Valider les règles de priorisation entre les différents usages possibles, en intégrant les impacts sur la sante, l’environnement et la performance économique.
  • Arbitrer les projets de valorisation matiere et les investissements associés.
  • Suivre les indicateurs clés et les engagements pris dans les rapports RSE.

Ce comité peut s’appuyer sur des fiches techniques standardisées pour chaque categorie de coproduit : composition, risques sanitaires, usages autorisés, code douanier ou réglementaire, contraintes de stockage, scénarios de valorisation (par exemple, un coproduit de maïs type corn gluten pouvant être orienté vers l’alimentation animale ou certains usages industriels). Ces fiches facilitent les décisions d’investissement et la comparaison entre options.

Aligner les décisions d’investissement avec les enjeux RSE

Intégrer les coproduits dans la gouvernance RSE implique de revoir les critères d’évaluation des projets industriels. Un projet de nouvelle ligne de production ne devrait plus être analysé uniquement sous l’angle du coût et du rendement du produit principal, mais aussi à travers la qualité, la quantité et les débouchés des coproduits générés.

Dans les comités d’investissement, cela se traduit par l’ajout de critères comme :

  • Le potentiel de valorisation des coproduits (taux de valorisation dechets, substitution de matieres premieres vierges, contribution à l’economie circulaire).
  • Les impacts sur la sante humaine et animale, en particulier pour les coproduits destines consommation humaine ou à l’alimentation animale.
  • Les effets sur l’environnement : émissions évitées, réduction des dechets, moindre pression sur les ressources naturelles.
  • Les risques de réputation et de conformité réglementaire, notamment pour les produits animaux et les coproduits d’alimentation.

Certains groupes intègrent déjà ce type de logique dans leur stratégie globale, en faisant des coproduits un levier de différenciation et de résilience. L’exemple de l’intégration des valeurs durables dans la stratégie RSE illustre comment une gouvernance structurée permet d’aligner décisions financières et engagements de durabilité. La même approche peut être appliquée à la gestion des coproduits, en intégrant systématiquement les scénarios de valorisation dans les business plans.

Articuler coproduits, risques et conformité dans les comités RSE

Les coproduits touchent à des sujets sensibles : sécurité sanitaire, bien être animal, gestion des dechets, traçabilité des matieres, transparence vis à vis des clients et des autorités. Ils doivent donc être intégrés dans les travaux des comités RSE et des comités risques.

Une approche robuste consiste à :

  • Inclure les coproduits dans la cartographie des risques RSE et de conformité, en distinguant les categories : coproduits pour l’alimentation humaine, coproduits pour l’alimentation animale, coproduits pour l’energie ou d’autres usages industriels.
  • Documenter les flux de coproduits dans des procédures internes, avec des fiches de contrôle qualité et des protocoles d’audit.
  • Mettre à jour régulièrement ces documents à partir d’une etude bibliographique et réglementaire, ainsi que des retours des autorités et des organismes sectoriels (par exemple, les lignes directrices du comite national compétent pour les coproduits d’origine animale).

Cette articulation entre gouvernance RSE, gestion des risques et conformité renforce la confiance des parties prenantes et sécurise les projets de valorisation, qu’il s’agisse de coproduits animaux, de coproduits végétaux ou de coproduits issus de procédés chimiques ou énergétiques.

Donner une place centrale aux dimensions humaines et territoriales

Enfin, intégrer les coproduits dans la gouvernance RSE ne peut pas se limiter à des arbitrages techniques ou financiers. Les impacts sur la dimension humaine et sur les territoires doivent être pris en compte dans les décisions.

Les projets de valorisation de coproduits peuvent créer ou transformer des emplois, modifier les conditions de travail, ou encore changer les relations avec les éleveurs, les agriculteurs, les transformateurs ou les acteurs de la gestion des dechets. Ils peuvent aussi influencer la perception des consommateurs, notamment lorsque des coproduits sont utilisés dans des produits destinés à la consommation humaine ou dans des aliments animaux entrant dans la chaîne de valeur de l’alimentation humaine.

Intégrer ces dimensions dans la gouvernance signifie :

  • Associer les représentants des sites, des filières agricoles et des métiers opérationnels aux décisions sur les coproduits.
  • Évaluer les effets sociaux des projets de valorisation (emplois, compétences, sécurité, acceptabilité locale).
  • Dialoguer avec les parties prenantes locales pour anticiper les attentes et les préoccupations liées à la valorisation des coproduits, qu’ils soient d’origine animale ou végétale.

En plaçant les coproduits au cœur de la gouvernance RSE et des décisions d’investissement, l’entreprise passe d’une logique de contrainte à une logique d’opportunité, tout en renforçant sa responsabilité vis à vis de la sante, de l’environnement et des communautés.

Gérer les risques éthiques, sociaux et environnementaux liés aux coproduits

Identifier les zones de risque tout au long du cycle de vie

La gestion responsable des coproduits commence par une analyse structurée des risques sur l’ensemble du cycle de vie, depuis la production du produit principal jusqu’à la valorisation finale. Le terme coproduit recouvre des realités très différentes : coproduits issus de l’alimentation humaine, coproduits dechets, dechets coproduits, coproduits animaux, coproduits energie, etc. Chaque categorie implique des enjeux spécifiques pour la sante, l’environnement et les droits humains.

Une cartographie des risques efficace repose sur quelques questions simples mais exigeantes :

  • Quelle est l’origine des matieres et matieres premieres générant le coproduit ?
  • Le coproduit est il un residu inerte, un dechet dangereux, un coproduit valorisable ou un dechet coproduit sans solution immédiate ?
  • Est il destine à l’alimentation humaine, à l’alimentation animale, à l’energie, à des usages industriels ou à l’enfouissement ?
  • Quelles operations de transformation sont nécessaires pour passer du dechet à la valorisation matiere ou à la valorisation dechets ?

Les fiches techniques internes jouent un rôle clé : elles doivent decrire précisément la composition, les usages possibles, les risques pour la sante humaine et animale, ainsi que les conditions de stockage et de transport. Dans plusieurs secteurs, des etudes bibliographiques et des guides sectoriels existent déjà pour certaines categories de coproduits (par exemple les produits animaux ou les coproduits destines à l’alimentation animale). Les mobiliser permet de renforcer la crédibilité de l’analyse et de s’aligner sur les meilleures pratiques reconnues.

Encadrer les usages alimentaires : humaine et animale

Les coproduits liés à l’alimentation sont parmi les plus sensibles. Lorsqu’un coproduit est destine à la consommation humaine ou à l’alimentation animale, la frontière entre valorisation responsable et prise de risque sanitaire peut être fine. Les exigences réglementaires sont fortes, et la pression des parties prenantes l’est tout autant.

Pour les produits destines à l’alimentation humaine, la priorité est de garantir que la valorisation matiere ne dégrade pas la qualité sanitaire ou nutritionnelle. Par exemple, certains coproduits céréaliers comme le corn gluten peuvent être utilisés comme ingredients dans des produits alimentaires ou comme aliments animaux. Dans les deux cas, il est indispensable de :

  • documenter les risques microbiologiques, chimiques et physiques à partir de données scientifiques et d’une etude bibliographique solide ;
  • mettre en place des plans de contrôle qualité spécifiques aux coproduits, distincts de ceux du produit principal ;
  • assurer la traçabilité complète, du site de production produit jusqu’à l’utilisateur final ;
  • prévoir des scenarios de retrait ou de rappel en cas de non conformité.

Pour les produits animaux et l’alimentation animale, les enjeux sont doubles : sante animale et sante publique. Les coproduits animaux et les coproduits destines à l’alimentation animale doivent respecter des regles strictes de séparation des flux, de traitement thermique, de stockage et de transport. Les categories de produits animaux (par exemple sous produits animaux de categorie 1, 2 ou 3 dans la réglementation européenne) impliquent des niveaux de risque et des obligations différentes. Une gouvernance RSE mature s’assure que ces exigences sont intégrées dans les contrats, les audits fournisseurs et les formations des équipes.

Prévenir les dérives sociales et éthiques dans les filières de valorisation

La valorisation des coproduits ne se limite pas à des enjeux techniques. Elle peut aussi déplacer les risques sociaux vers d’autres maillons de la chaîne de valeur, parfois dans des pays où les protections sociales et environnementales sont plus faibles. L’economie circulaire ne doit pas devenir un prétexte pour externaliser les impacts négatifs.

Quelques points de vigilance récurrents :

  • Conditions de travail dans les sites de tri, de transformation ou de recyclage des coproduits, notamment pour les dechets coproduits exportés.
  • Respect des droits fondamentaux dans les filières de valorisation matiere et de valorisation dechets (travail des enfants, travail forcé, sante et sécurité au travail).
  • Impacts sur les communautés locales lorsque des installations de traitement de dechet ou de coproduit s’implantent à proximité de zones habitées.
  • Transparence sur les flux : volumes, destinations, categories de coproduits, matieres premieres substituées.

Pour limiter ces risques, plusieurs leviers sont possibles :

  • intégrer des clauses sociales et environnementales spécifiques aux coproduits dans les contrats avec les partenaires de valorisation ;
  • mettre en place des audits ciblés sur les sites à risque élevé, en s’appuyant sur des référentiels reconnus ;
  • développer des partenariats de long terme avec des acteurs engagés dans l’economie circulaire, plutôt que de privilégier uniquement le critère prix ;
  • associer les parties prenantes locales aux décisions d’implantation de nouvelles filières de valorisation.

Maîtriser les impacts environnementaux : dechet ou ressource ?

Transformer un dechet en coproduit ne garantit pas automatiquement un bénéfice pour l’environnement. La question centrale reste : la valorisation dechets ou la valorisation matiere permet elle réellement de réduire l’empreinte globale par rapport aux alternatives (réduction à la source, réemploi, recyclage, elimination) ?

Une approche prudente consiste à évaluer, pour chaque categorie de coproduit :

  • les émissions de gaz à effet de serre associées aux scénarios de valorisation (energie, alimentation animale, alimentation humaine, usage industriel) ;
  • les consommations d’eau et d’energie nécessaires à la transformation du coproduit ;
  • les risques de pollution des sols, de l’air et de l’eau en cas de mauvaise gestion ;
  • les effets sur la biodiversité, notamment lorsque les coproduits remplacent certaines matieres premieres agricoles.

Dans certains cas, la valorisation energetique peut être pertinente ; dans d’autres, la priorité sera de développer des usages en matiere premiere secondaire pour l’industrie ou l’agroalimentaire. L’enjeu pour la RSE est de ne pas se limiter à un discours sur l’economie circulaire, mais de démontrer, données à l’appui, que le scénario retenu est le plus vertueux pour l’environnement à l’échelle du cycle de vie.

Structurer la conformité et la gouvernance autour des coproduits

La complexité réglementaire autour des coproduits impose une structuration claire des responsabilités. Entre le droit des dechets, les normes sanitaires, les regles spécifiques aux produits animaux et à l’alimentation animale, les exigences varient selon les pays et les categories de produits. Un même flux peut être considéré comme dechet dans un contexte et comme coproduit dans un autre, avec des obligations très différentes.

Plusieurs bonnes pratiques émergent dans les entreprises les plus avancées :

  • Mettre en place un référentiel interne qui clarifie, pour chaque flux, son statut (dechet, coproduit, matiere premiere secondaire) et les regles applicables.
  • Créer ou renforcer un comite de pilotage qui associe RSE, qualité, juridique, achats, production et logistique pour arbitrer les choix de valorisation.
  • Maintenir une veille réglementaire structurée, en s’appuyant sur les ressources des autorités publiques, des organisations professionnelles et, lorsque c’est pertinent, sur les travaux d’instances comme un comite national dédié aux coproduits ou aux matieres premieres.
  • Documenter systématiquement les décisions dans des fiches techniques et des procédures, afin de pouvoir démontrer la diligence raisonnable en cas de contrôle ou de controverse.

Dans certains pays, des dispositifs de type comite national coproduits ou comite national des matieres premieres existent pour harmoniser les pratiques et clarifier le code applicable à chaque categorie de flux. S’y référer, lorsque c’est possible, renforce la robustesse de la démarche et facilite le dialogue avec les autorités et les parties prenantes.

Articuler gestion des risques et creation de valeur

Enfin, la gestion des risques liés aux coproduits ne doit pas être pensée en silo. Elle est intimement liée à la stratégie globale de valorisation, à la conception des produits et à la politique d’investissement. Une etude bibliographique sérieuse sur les meilleures pratiques sectorielles, combinée à l’analyse des données internes, permet de prioriser les flux à fort potentiel de creation de valeur, tout en encadrant strictement les risques humains, sociaux et environnementaux.

Pour un responsable RSE, l’enjeu est de faire des coproduits un sujet de gouvernance à part entière, au même niveau que les matieres premieres stratégiques. Cela suppose de :

  • relier les décisions de valorisation des coproduits aux engagements climatiques, biodiversité et droits humains de l’entreprise ;
  • intégrer les risques coproduits dans la cartographie globale des risques RSE ;
  • associer les équipes finances et investissements pour évaluer les arbitrages entre coût, risque et impact positif ;
  • préparer dès maintenant les données et indicateurs qui alimenteront le reporting extra financier sur les coproduits et les dechets coproduits.

Cette approche permet de passer d’une logique défensive (éviter les incidents) à une logique proactive où la gestion des coproduits devient un levier de différenciation responsable, crédible et vérifiable.

Mesurer la valeur créée par les coproduits : indicateurs et reporting

Structurer une logique de valeur : de la categorie de coproduit à l’indicateur

Mesurer la valeur créée par les coproduits commence par une clarification très opérationnelle : de quoi parle-t-on exactement, dans chaque categorie de coproduit, et pour quel usage final ? Sans cette base, impossible de produire un reporting crédible ni de piloter la valorisation matiere dans une logique d’economie circulaire.

Dans la pratique, il est utile de distinguer plusieurs grandes categories de produits et coproduits, en s’appuyant sur les définitions utilisées par le comite national ou les référentiels sectoriels (par exemple le national coproduits pour les produits animaux et l’alimentation animale) :

  • Coproduits destines à la consommation humaine : ingrédients issus de la production produit principale, mais réorientés vers l’alimentation humaine (exemple classique dans l’agroalimentaire : corn gluten, sons, issues de céréales).
  • Coproduits destines à l’alimentation animale : coproduits animaux ou végétaux utilisés comme aliments animaux, pour des animaux destines à la consommation humaine.
  • Coproduits destines à la production d’energie : biomasse, dechets coproduits organiques, graisses animales ou végétales, utilisés pour la méthanisation ou les biocarburants.
  • Coproduits destines à d’autres usages industriels : matieres premières secondaires intégrées dans d’autres chaines de valeur (chimie, cosmétique, matériaux, etc.).

Chaque categorie appelle des indicateurs spécifiques, tant sur la performance économique que sur les impacts sante, sociale et environnement. Le terme coproduit doit être défini de manière homogène dans vos documents internes, vos fiches techniques et vos rapports RSE, afin d’éviter la confusion avec les dechets.

Indicateurs quantitatifs : volumes, flux de matieres et valorisation dechets

Les premiers indicateurs à mettre en place sont factuels et relativement simples à suivre. Ils permettent de rendre visible la transition d’une logique de dechet à une logique de coproduit.

  • Volumes de coproduits générés : tonnes de coproduit par categorie, par site, par matiere premiere utilisée.
  • Taux de valorisation matiere : part des coproduits qui deviennent des matieres premières secondaires, par rapport au total des flux dechets coproduits.
  • Taux de valorisation dechets en energie : proportion des coproduits dechets orientés vers la production d’energie (biogaz, chaleur, électricité) plutôt que vers l’élimination.
  • Réduction des dechets : évolution du ratio dechet / produit fini, en intégrant la part convertie en coproduits.
  • Traçabilité par code produit : suivi des flux par code interne ou code douanier, pour relier chaque coproduit à la matiere premiere et au produit principal.

Ces indicateurs doivent être cohérents avec la cartographie des coproduits dans la chaine de valeur et avec les engagements pris dans votre politique de valorisation dechets. Ils servent aussi de base à toute etude bibliographique ou benchmark sectoriel que vous utiliserez pour vous comparer.

Indicateurs environnementaux : empreinte et substitution de matieres premieres

La valeur environnementale des coproduits se mesure surtout à travers la substitution de matieres premières vierges et la réduction des impacts liés aux dechets. L’enjeu est de démontrer, chiffres à l’appui, que la valorisation matiere ou énergétique des coproduits améliore réellement le bilan environnement.

  • Émissions de gaz à effet de serre évitées : comparaison entre un scénario dechet (mise en décharge, incinération sans valorisation) et un scénario coproduit (alimentation animale, alimentation humaine, energie, etc.).
  • Consommation de ressources évitée : tonnes de matieres premieres vierges substituées par des coproduits, par categorie de produit.
  • Consommation d’energie : énergie consommée et énergie produite grâce aux coproduits, en distinguant bien les usages internes et externes.
  • Indicateurs eau et sols : lorsque les coproduits sont utilisés comme amendements ou intrants agricoles, suivi des impacts sur la qualité des sols et de l’eau, en lien avec les exigences réglementaires.

Pour renforcer la crédibilité de ces données, il est recommandé de s’appuyer sur des analyses de cycle de vie, des facteurs d’émission reconnus et des sources publiques (agences nationales, organismes techniques, bases de données environnementales). Les hypothèses et limites doivent être explicitées dans le reporting, notamment lorsque les coproduits sont classés à la frontière entre dechet et produit.

Indicateurs sociaux et sante : conditions de travail, usages et sécurité

Les coproduits ne sont pas neutres du point de vue social et sante. Leur valorisation peut créer des emplois locaux, mais aussi générer des risques pour la sante humaine ou animale si les filières ne sont pas correctement encadrées.

  • Emplois liés aux filières de coproduits : nombre d’emplois directs et indirects associés à la collecte, au tri, au traitement et à la transformation des coproduits.
  • Conditions de travail : indicateurs d’accidents, de pénibilité, de formation spécifique aux risques liés aux matieres manipulées (poussières, charges, agents biologiques, etc.).
  • Securité sanitaire pour la consommation humaine : conformité des coproduits destines à l’alimentation humaine aux normes de sante, résultats de contrôles, taux de non conformité.
  • Securité sanitaire pour l’alimentation animale : suivi des risques liés aux produits animaux et végétaux, conformité aux réglementations sur les aliments animaux, traçabilité des flux vers les animaux destines à la consommation humaine.
  • Acceptabilité sociale : retours des communautés locales, des salariés et des clients sur les usages des coproduits, notamment lorsqu’ils proviennent de dechets ou de matieres sensibles (coproduit animale, boues, graisses, etc.).

Ces indicateurs doivent être construits en lien avec les équipes sante sécurité, qualité et ressources humaines, afin de garantir une approche cohérente et partagée de la gestion des risques.

Indicateurs économiques : création de valeur et partage

La valorisation des coproduits est aussi un sujet de performance économique. Pour un comité de direction ou un comite national sectoriel, il est essentiel de disposer d’éléments chiffrés montrant comment les coproduits contribuent à la résilience et à la compétitivité de l’entreprise.

  • Chiffre d’affaires lié aux coproduits : part du chiffre d’affaires provenant de la vente de coproduits, par categorie (alimentation humaine, alimentation animale, energie, autres usages).
  • Économies sur la gestion des dechets : coûts évités de traitement des dechets grâce à la transformation en coproduits (transport, traitement, taxes).
  • Investissements dédiés : montants investis dans les équipements, les procédés et les partenariats de valorisation des coproduits.
  • Partage de la valeur : répartition de la valeur créée entre les différents acteurs des filières (fournisseurs de matieres premieres, transformateurs, partenaires de valorisation, territoires).

Ces données économiques doivent être rapprochées des indicateurs environnementaux et sociaux pour alimenter une vision globale de la performance RSE, et non une simple logique de rentabilité court terme.

Fiches techniques, traçabilité et etude bibliographique : consolider la preuve

Pour qu’un reporting sur les coproduits soit crédible, il doit reposer sur une base documentaire solide. Les fiches techniques jouent ici un rôle central : elles décrivent la nature du coproduit, son origine, ses usages possibles, ses caractéristiques techniques et sanitaires, ainsi que les exigences réglementaires associées.

Quelques bonnes pratiques :

  • Mettre à jour régulièrement les fiches techniques de chaque coproduit, en intégrant les données sante, environnement et sécurité.
  • Documenter les flux de matieres premières et de produits, du produit principal au coproduit, en s’appuyant sur des systèmes de traçabilité robustes.
  • Réaliser ou mobiliser une etude bibliographique pour chaque grande categorie de coproduit, en s’appuyant sur des sources publiques, des organismes techniques et des publications scientifiques.
  • Aligner la classification interne (code produit, categorie, usages) avec les référentiels nationaux ou sectoriels, afin de faciliter les comparaisons et la consolidation des données.

Cette base de preuve est indispensable pour répondre aux attentes croissantes des autorités, des clients et des investisseurs en matière de transparence sur les coproduits et sur la frontière entre dechet et produit.

Intégrer les indicateurs de coproduits dans le reporting RSE

Enfin, la mesure de la valeur créée par les coproduits doit être pleinement intégrée au reporting RSE, et non traitée comme un sujet annexe. Cela implique :

  • d’aligner les indicateurs de coproduits avec les cadres de reporting utilisés (CSRD, GRI, taxonomie européenne, référentiels sectoriels) ;
  • de présenter de manière transparente les méthodologies de calcul, les hypothèses et les limites des données ;
  • de relier les résultats obtenus aux engagements stratégiques de l’entreprise en matière d’economie circulaire, de climat, de biodiversité et de sante ;
  • de faire valider les données clés par les fonctions finance, qualité, environnement et sante sécurité, voire par un audit externe lorsque c’est pertinent.

En procédant ainsi, les coproduits cessent d’être un simple sujet technique pour devenir un véritable levier de création de valeur mesurable, au cœur de la stratégie de responsabilité sociale et environnementale.

Co-construire des filières de coproduits avec les parties prenantes

Structurer un dialogue continu avec les parties prenantes

La mise en place de filières de coproduits ne peut pas être seulement une décision industrielle. Elle suppose un dialogue structuré avec les parties prenantes qui manipulent les matieres, les dechets et les produits au quotidien : agriculteurs, transformateurs, acteurs de l’alimentation humaine et de l’alimentation animale, logisticiens, distributeurs, mais aussi pouvoirs publics et associations environnementales.

Pour un responsable RSE, l’enjeu est de passer d’une logique de gestion des dechets coproduits à une logique de valorisation matiere et d’economie circulaire, en intégrant les attentes sociales, sanitaires et environnementales.

  • Identifier les parties prenantes clés pour chaque categorie de coproduit (produits animaux, coproduits vegetaux, coproduits dechets issus de l’energie, etc.).
  • Clarifier les usages possibles : alimentation humaine, alimentation animale, energie, matiere premiere pour d’autres secteurs.
  • Mettre en place des espaces de concertation réguliers (ateliers, comités techniques, groupes de travail interentreprises).
  • Partager les contraintes : qualité des matieres, exigences de sante, normes environnementales, viabilité économique.

Ce dialogue doit être documenté, avec des comptes rendus, des fiches techniques partagées et des engagements formalisés. Cela renforce la confiance et la crédibilité de la démarche, notamment lorsque les coproduits sont destines consommation humaine ou à des animaux destines à la consommation humaine.

Segmenter les coproduits par categories et usages

La co construction de filières efficaces repose sur une bonne segmentation des coproduits. Le terme coproduit recouvre en pratique des realites très différentes, allant des dechets coproduits à faible valeur à des matieres premieres de haute qualité. Une cartographie fine, déjà amorcée dans la chaîne de valeur, doit être complétée par une classification partagée avec les partenaires.

Une approche opérationnelle consiste à distinguer plusieurs categories de coproduits selon leur destination principale :

Categorie de coproduit Exemples de produits Usages possibles Points de vigilance RSE
Coproduits destines à l’alimentation humaine Farines enrichies, sirops, fractions proteiques, corn gluten pour certaines applications alimentaires Ingrédients pour produits transformés, nutrition spécialisée Securité sanitaire, traçabilité, information du consommateur, équilibre nutritionnel
Coproduits destines à l’alimentation animale Produits animaux transformés, coproduits vegetaux riches en fibres ou en proteines, corn gluten feed Aliments animaux pour ruminants, porcs, volailles, animaux destines à la consommation humaine Bien être animale, qualité des matieres premieres, conformité réglementaire, impacts environnementaux des élevages
Coproduits pour la production d’energie Biomasse, graisses residuelles, boues organiques Biogaz, chaleur, électricité, carburants alternatifs Émissions, concurrence d’usage avec l’alimentation, acceptabilité locale des installations
Coproduits matieres premieres industrielles Fibres, minéraux, fractions organiques spécifiques Cosmetique, chimie, matériaux, engrais organiques Toxicité potentielle, exposition humaine, impacts sur les sols et l’eau

Cette segmentation doit s’appuyer sur des etudes bibliographiques, des données scientifiques et les référentiels existants (par exemple les travaux du comite national ou d’un dispositif national coproduits lorsqu’il existe dans un pays). Elle permet de clarifier ce qui relève d’une veritable valorisation dechets et ce qui reste du simple transfert de risque vers d’autres acteurs.

Formaliser des cadres de gouvernance partagés

Une filière de coproduit crédible repose sur une gouvernance claire. Les engagements pris dans la gouvernance RSE de l’entreprise doivent être traduits en règles communes avec les partenaires de la filière, afin d’éviter les dérives sociales, sanitaires ou environnementales.

Quelques leviers concrets pour un responsable RSE :

  • Mettre en place un comite de pilotage multi acteurs pour chaque grande categorie de coproduit, incluant des représentants de la sante, de l’environnement et de la sécurité alimentaire.
  • Définir des codes de conduite filière, intégrant les exigences en matieres de droits humains, de conditions de travail, de bien être animale et de protection de l’environnement.
  • Élaborer des fiches techniques communes pour chaque coproduit clé, précisant les caractéristiques, les usages autorisés, les limites d’incorporation dans les produits, les exigences de contrôle.
  • Prévoir des mécanismes de revue régulière des pratiques, à partir des indicateurs de valeur créée et des incidents éventuels (non conformité, alerte sanitaire, contestation locale).

Ce cadre de gouvernance doit être cohérent avec les engagements de l’entreprise en matieres de sante publique, de climat, de biodiversité et de respect des communautés locales. Il contribue à sécuriser la valorisation matiere et la valorisation dechets dans la durée.

Aligner les exigences techniques, sanitaires et environnementales

La co construction de filières de coproduits est souvent freinée par des divergences de standards : ce qui est acceptable pour un acteur peut être jugé insuffisant par un autre, notamment lorsqu’il s’agit de produits destines consommation humaine ou d’aliments animaux. Le rôle de la fonction RSE est d’aider à aligner ces exigences, en s’appuyant sur des références reconnues.

Dans la pratique, cela implique :

  • Un travail conjoint entre équipes qualité, R&D, RSE et partenaires externes pour définir des seuils, des protocoles d’analyses et des plans de contrôle.
  • La prise en compte des recommandations des autorités sanitaires et environnementales, ainsi que des bonnes pratiques sectorielles documentées dans la littérature et les etudes bibliographiques.
  • Une vigilance particulière pour les produits animaux et les coproduits d’origine animale, compte tenu des risques sanitaires et de la sensibilité de l’opinion publique.
  • La transparence sur les arbitrages entre usages : par exemple, expliquer pourquoi un coproduit est orienté vers l’energie plutôt que vers l’alimentation humaine ou animale, en fonction des risques et des bénéfices globaux.

Cette démarche technique doit rester lisible pour les parties prenantes. Des supports pédagogiques, des fiches synthétiques et des échanges réguliers facilitent l’appropriation des exigences par tous les acteurs de la filière.

Construire des modèles économiques équitables et durables

Une filière de coproduit ne tient dans le temps que si le modèle économique est équilibré pour l’ensemble des acteurs. La valorisation dechets et la valorisation matiere ne doivent pas se traduire par un transfert de coûts ou de risques vers les maillons les plus fragiles de la chaîne.

Pour un responsable RSE, plusieurs points de vigilance se dégagent :

  • Assurer une répartition juste de la valeur créée entre le producteur initial du coproduit, les transformateurs, les utilisateurs finaux et les territoires d’implantation.
  • Intégrer les coûts de contrôle qualité, de traçabilité, de gestion des risques environnement et sante dans les modèles de prix.
  • Éviter que les coproduits dechets ne deviennent une source de dépendance économique pour des communautés vulnérables, sans alternatives ni sécurisation des revenus.
  • Prendre en compte les externalités positives (réduction des dechets, baisse des émissions, substitution de matieres premieres vierges) dans l’évaluation globale de la performance.

Les dispositifs collectifs, comme un comite national ou des plateformes sectorielles dédiées aux coproduits, peuvent aider à structurer ces modèles, à partager les bonnes pratiques et à harmoniser certaines règles de marché.

Documenter et partager les connaissances au sein des filières

Enfin, la co construction de filières de coproduits repose sur un effort continu de capitalisation et de diffusion des connaissances. Les entreprises qui avancent le plus vite sont souvent celles qui investissent dans la production et le partage de données fiables sur leurs coproduits, leurs impacts et leurs usages.

Quelques pratiques utiles :

  • Constituer une base interne de fiches techniques pour chaque coproduit, incluant les caractéristiques physico chimiques, les usages autorisés, les contraintes réglementaires et les retours d’expérience.
  • Participer à des programmes collectifs de recherche et d’etude bibliographique sur les coproduits, en lien avec des instituts techniques, des organismes publics ou des structures interprofessionnelles.
  • Mettre à disposition des partenaires des données agrégées sur les volumes, les flux, les impacts environnementaux et sociaux, dans le respect de la confidentialité commerciale.
  • Contribuer à l’élaboration de référentiels sectoriels ou de codes de bonnes pratiques sur la gestion des dechets coproduits et la valorisation matiere.

Cette dynamique de partage renforce la crédibilité de la démarche RSE et facilite l’émergence de nouvelles solutions de valorisation, qu’il s’agisse de nouveaux produits, de nouvelles categories d’usages ou de synergies territoriales autour de l’economie circulaire.

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